Histoire jurassienne

Le Jura (nom gaulois) est une chaîne de montagnes qui va du Rhin jusqu'à l'entrée de la Savoie, sur environ trois cents kilomètres. Jules César s'y réfère dans son ouvrage sur la guerre des Gaules.

La partie nord de cette chaîne, qui nous intéresse plus spécialement, était peuplée, il y a deux mille ans, de Séquanes (grand peuple gaulois du bassin de la Saône) et de Rauraques.

Le Jura sera ensuite gallo-romain durant quatre cent cinquante ans; suivant les époques, il fera partie de la Grande Séquanaise et de la Gaule belgique.

En dernière analyse, les Jurassiens sont des Bourguignons et des Francs-Comtois de souche. Avant l'An Mille, ils appartiennent au Royaume de Bourgogne en même temps que l'actuel pays romand. A cette époque, le mot « roman » n'avait pas de « d » !

En butte vraisemblablement aux Terreurs de l'An Mille, Rodolphe III de Bourgogne, en l'an 999, donne à l'évêque de Bâle l'abbaye de Moutier-Grandval et toutes ses dépendances. Voilà une décision qui conduira loin. L'An Mille passé sans encombre, l'évêque se retrouve prince temporel d'un territoire qui, du reste, ne coïncide pas avec son diocèse. Cette principauté subsistera jusqu'à la Révolution française, c'est-à-dire pendant plus de huit siècles.

Bible Moutier-Grandval
Bible de Moutier-Grandval offerte à l'abbaye vers 840 par un membre de la famille du roi Lothaire Ier, descendant de Charlemagne, propriété du British Museum de Londre

 

Concernant ce type d'Etat, rappelons qu'il existait onze principautés ecclésiastiques; celle du Jura était la plus au sud, et celle de Liège la plus au nord. On remarque un certain parallélisme entre ces deux dernières.

A la Réforme, la ville de Bâle se sépare de la principauté et adhère à la Confédération suisse. Dès lors, le prince-évêque s'établit à Porrentruy. Elu par un chapitre de chanoines, il sera issu, selon les époques, de familles nobles de la Maison de Neuchâtel, de la région bâloise ou de l'Alsace.

En 1731 et en 1780, le prince-évêque lie très étroitement sa principauté à la France, par un traité qui prévoit l'arrivée de troupes en cas de menace extérieure. Cette conjoncture se présentera après la Révolution, lorsqu'une garnison autrichienne sera envoyée à Porrentruy. Le prince s'étant réfugié à Constance, les Jurassiens proclament la République de Rauracie en 1792. Ils se dotent d'une Assemblée constituante, d'une Assemblée nationale, et après moins d'un an, celle-ci demande le rattachement à la France.

L'évêché de Bâle en 1792
L'évêché de Bâle en 1792

 

Le Jura devient alors le département du Mont-Terrible; c'est le plus petit de la République française. En 1800, Bonaparte le joint à celui du Haut-Rhin, dont le chef-lieu est Colmar.

Tout ce qui s'est passé dans le Jura au cours des cinq dernières générations découle du Congrès de Vienne. En 1815, le territoire jurassien est déclaré « vacant » selon un concept d'Ancien Régime. Ses habitants ne sont pas consultés. Il sert de monnaie d'échange. La stratégie de la Sainte-Alliance inspire les décisions. Il faut un glacis à l'Empire d'Autriche. La frontière française, qui se trouve alors au sud de la chaîne du Jura, à trente-deux kilomètres de Berne, doit être reportée au nord, sous les murs de Belfort. Il arrive aussi que les Bernois voudraient remettre la main sur le Pays de Vaud de langue française, qu'ils ont dominé durant presque trois siècles, après conquête violente, et avant que ce territoire soit libéré par Bonaparte. Mais au congrès de Vienne, les Vaudois sont défendus par le tsar Alexandre, dont le précepteur était précisément vaudois. Tout finit par un troc : l'Etat de Berne ne récupèrera pas le Pays de Vaud, mais recevra le Jura en compensation.

Le Jura de 1815 - 1974
Le Jura de 1815 - 1974

 

Dès lors, on aura donc, en Suisse, un Etat bernois qui comptera près d'un million d'habitants au XXe siècle, avec une minorité française (jurassienne) de cent quarante mille habitants. D'où un conflit pour ainsi dire permanent. Conflit de nationalité au plein sens du terme. A chaque génération, les Jurassiens se révoltent et entrent en lutte pour défendre la langue française, la législation française, leurs intérêts fondamentaux, leurs droits culturels ou même religieux. Les mouvements qui voient le jour sont irrédentistes ou séparatistes. Berne sévit, envoie l'armée, occupe le Jura aux frais des populations. Le Jura subira durement la vague du pangermanisme, avant et durant la Première Guerre mondiale. Tout rebondira en 1917, avec la création d'un comité séparatiste.

Mais c'est à partir de 1947, après la Seconde Guerre mondiale, que les choses vont aller jusqu'au point de rupture. Des actes de germanisation et de discrimination linguistique ont fait déborder la coupe. Un mouvement populaire - le Rassemblement jurassien - se structure dans toutes les communes et mène le combat sans désemparer. Il faudra beaucoup de patience et d'obstination. Il y aura des moments graves. Et même une nouvelle occupation militaire en 1968. Le mouvement de lutte porte le problème sur le plan international au point d'inquiéter le pouvoir fédéral. Celui-ci exerce alors des pressions, et l'Etat de Berne doit céder du terrain. Il crée des dispositions constitutionnelles permettant l'organisation d'un plébiscite dans le Jura. Elles sont acceptées en 1970.

En 1959, semblable demande des autonomistes jurassiens avait été rejetée en scrutin populaire bernois. La roue de l'histoire a tourné. Le 23 juin 1974, le plébiscite déclenché par le Gouvernement bernois donne la majorité aux autonomistes dans l'ensemble du territoire jurassien. C'est, virtuellement, la naissance d'un nouvel Etat en Suisse et en Europe ; mais Berne, maître des procédures, a prévu des sous-plébiscites dans les districts méridionaux du Jura, où ses ressortissants se sont établis massivement après 1815. Ce qui lui permet de reprendre ces territoires malgré l'opposition absolue du Rassemblement jurassien. Résultat : la Confédération suisse va compter un Etat de plus, mais la Question jurassienne née en 1815 n'est pas résolue.

La victoire du 23 juin 1974
La victoire du 23 juin 1974

 

Après le plébiscite du 23 juin 1974 et l'entrée en souveraineté de la République et Canton du Jura (1979) a éclaté le « Berner Finanz Skandal ». On a découvert que le Gouvernement bernois avait triché, en distribuant notamment des fonds secrets à ses partisans, ce qui est contraire au droit de libre disposition. Deux ministres ont dû démissionner, et l'un d'eux a même été condamné en justice. Mais la partie sud du Jura, volée par Berne - c'est le mot juste - est toujours en ébullition, et la lutte du peuple jurassien continue. Celui-ci demande réparation.

 

Chronologie

1826

Xavier Stockmar, Olivier Seuret, Louis et Auguste Quiquerez jurent, dans les ruines du château de Morimont, de délivrer le Jura de l'oligarchie bernoise.

 

Château Morimont   Serment de Morimont
Château Morimont    Serment de Morimont

 

1830

Les Jurassiens s'organisent pour résister à l'érosion progressive de leur autonomie. L'agitation populaire se répand. Un bataillon est envoyé de Berne en Ajoie.

1831

Le Conseil secret de Berne met à prix la tête de Xavier Stockmar qui, en janvier 1831, avec Auguste Quiquerez, a levé une troupe de patriotes, occupé Delémont au chant de la Rauracienne, et bousculé le bailli de Moutier et ses hommes.

1833

Un projet de séparer le Jura de l'Ancien canton circule dans nos vallées. Berne somme ses préfets de dénoncer immédiatement ceux qui sont à l'origine de cette proposition.

1836

Berne envoie douze bataillons d'infanterie dans le Jura et fait arrêter notables et préfets.

1839

Stockmar est révoqué du Conseil d'Etat. Les députés, réunis à Glovelier, demandent l'autonomie.

1850

Occupation militaire de Saint-Imier et du Vallon.

1853

La classification des biens communaux soulève une vive opposition, surtout dans le Jura protestant.

1863

Berne impose au Jura une réforme fiscale. Toute la députation jurassienne s'abstient de paraître aux séances du Grand Conseil. Le conflit suscite une vague de séparatisme.

1865

Le cinquantième anniversaire de l'annexion à Berne n'est pas célébré. Seul un poème rappelle cet événement.

1873-1875

Le Kulturkampf sévit dans le Jura. Trente-sept prêtres et deux cent vingt-six laïcs sont incarcérés. Plusieurs personnes se réfugient en France. Berne règne par la force. La question du régime est posée.

1893

Le Jura refuse la Constitution bernoise par 9984 voix contre 2189. Berne accapare les archives historiques du Jura. C'est une nouvelle humiliation.

1904-1913

Germanisation du Jura : La Scheulte et Elay deviennent Schelten et Seehof.

1915

Dès 1911, sur décision du Conseil-exécutif, un comité comprenant des personnalités jurassiennes s'occupe d'organiser le centième anniversaire du rattachement à Berne. C'est toutefois sans enthousiasme que le Jura s'attelle à cette tâche. Les réactions défavorables de la presse et de l'opinion publique jurassiennes font échouer le projet. Aucune manifestation ne marquera cet anniversaire.

1916-1917

Léon Froidevaux est emprisonné. Un comité séparatiste est créé.

 

Léon Froidevaux Léon Froidevaux

 

1919

Xavier Jobin rappelle, au Conseil national, l'injuste annexion du Jura au canton de Berne.

1945

Germanisation de la langue administrative à Mont-Tramelan.

 

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