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FAITES LA LIBERTE

 

 


Les nouveaux Rauraques

Quelques images et discours de la fête 2010

Conférence de presse du Rauraque (PDF)

Discours du président du Rauraque (PDF)

Allocution de M. Maxime Zuber, député-maire

Mesdames, Messieurs,

Vous me permettrez, en préambule, de vous saluer, toutes et tous, bien cordialement et de vous souhaiter la plus chaleureuse bienvenue à Moutier.

Ces états-généraux mis sur pied dans le cadre de la manifestation « Faites la Liberté », me donne l’occasion de partager avec vous le regard que je porte sur l’évolution générale de la Question jurassienne et ses conséquences sur le cas particulier de la ville de Moutier.

Dans cette même salle, j’ai assisté à deux séances interactives de l’Assemblée interjurassienne. Au terme de son cycle de présentation, l’AIJ déposera un rapport à l’attention des deux gouvernements. On sait que le Conseil-exécutif transmettra le dossier au Conseil du Jura bernois, le but étant pour lui de temporiser et de se retrancher derrière les « représentants » de la région. Le CJB a bien reçu le message puisqu’il a annoncé qu’il procédera à différentes évaluations portant sur le rapport des séances interactives, l’étude sur les flux entre le Jura bernois et Bienne et sur une éventuelle consultation populaire. Ce n’est qu’en mai 2011, donc dans une année, que le CJB présentera ses conclusions. Le CJB avait aussi demandé au gouvernement de procéder à une analyse différenciée de l’étude du professeur Jeanrenaud prenant en compte le Centre interrégional de perfectionnement de Tramelan et l’implication du canton dans la HE-Arc.

Comme nous n’avons guère de prise sur cette procédure, autant y participer. Permettez-moi donc d’apporter la contribution positive du maire de Moutier en quelques propositions à l’attention du CJB. Il me paraît important que l’évaluation prenne en compte :

  • Une comparaison détaillée des montants des primes de l’assurance-maladie entre Berne et Jura ;

  • Les conclusions de l’étude du Syndicat des enseignants du Jura bernois qui établit que, de tous les enseignants de l’Arc jurassien, sur l’ensemble de leur carrière, ceux du canton de Berne sont les moins bien rétribués.

  • La nouvelle loi sur la péréquation financière et la compensation des charges qui contraindra toutes les communes bernoises à soutenir les trois grandes villes que sont Bienne, Berne et Thoune. Ce qui se traduira, pour les communes du Jura bernois, par une contribution annuelle de 60 francs par habitant (un demi-million pour la ville de Moutier).

  • Les avantages, et non seulement les inconvénients, que Bienne, ville située à la frontière d’un nouveau canton francophone et d’un grand canton bilingue, pourrait tirer de sa situation privilégiée de véritable interface culturel et linguistique.

On peut craindre que le CJB instruise le dossier « à charge », qu’il ne relève que les désavantages d’une piste en noircissant le tableau et qu’il mette en évidence les avantages d’une autre. L’opération a du reste déjà commencé. Dans son dernier rapport, le CJB vante les mérites du statut particulier et ses potentialités. Il se félicite, suprême privilège, d’être non seulement écouté mais entendu par les autorités et l’administration bernoises. A l’entendre, le CJB pourrait soigner le Dr Coué.

Dans le dossier de la péréquation financière, le CJB a été incapable de faire entendre efficacement la voix des communes de la région et particulièrement celles de Tramelan, St-Imier et Moutier qui protestent avec véhémence. Courroucé, le CJB décide alors d’utiliser l’arme fatale, en s’en remettant à … la Députation. On mesure bien là les limites de cet organe prétendument unique au monde.

Quel que soit le choix de la piste qu’il arrêtera, et là je ne me fais guère d’illusions, le CJB devra se prononcer sur le principe d’un vote populaire. Il ne serait pas acceptable qu’un organe, qui dispose des compétences financières équivalentes à celles du Conseil municipal de Champoz, puisse renoncer à consulter le peuple sur une question aussi importante que l’avenir institutionnel de la région. Tel pourrait être pourtant le cas.

Une décision pareille provoquerait un dangereux blocage qui rendrait caduc l’Accord du 25 mars et qui replacerait la Question jurassienne à la case départ du rapport Widmer. Dans ce cas, et n’en déplaise aux jeunes apprentis stratèges qui se sont exprimés la semaine dernière sur inspiration d’un sombre gourou déphasé, la question de Moutier se reposerait. Mais il y aurait d’autres moyens de faire avancer les choses avant d’actionner la solution prévôtoise.

L’article 54 de la loi sur le statut particulier évoque en effet l’initiative régionale, une initiative populaire, requérant 2000 signatures, dont « le sujet doit être lié à l’identité ou à la spécificité linguistique ou culturelle du Jura bernois ». Face à l’obstruction du CJB, il serait donc loisible pour les autonomistes et les démocrates de cette région de déposer une telle initiative demandant à ce que la population se prononce sur les travaux de l’AIJ. Tout joueur d’échec connaît déjà l’objection que formulerait le gouvernement bernois : « les travaux de l’AIJ ne sont pas directement liés à l’identité ou à la spécificité linguistique ou culturelle du Jura bernois ». Soit, mais dans ce cas, pourquoi le CJB, qui dispose de compétences strictement limitées à ces domaines, est-il habilité à se prononcer et à empêcher une consultation populaire ? Même dans les arguties juridiques, le gouvernement bernois se trouverait en position de faiblesse.

L’opposition du CJB à l’organisation d’une consultation populaire, l’éventuelle invalidation d’une initiative régionale paraphée par plus de 2000 signatures seraient sources de tensions politiques dont les autorités bernoises devraient répondre.

Il appartient à la population du Jura historique de décider de la suite à donner aux travaux de l’AIJ. Une décision de principe devrait être prise. Dans l’idéal, mandat serait alors donné à une assemblée constituante, composée de représentants des deux Juras, de s’inspirer des travaux de l’AIJ pour proposer un projet d’avenir, moderne et durable, au peuple. Bien que de grande qualité technique, le rapport de l’AIJ peut être amendé avec un éclairage plus politique. L’organisation à 6 communes, pour ne citer qu’un exemple, est sans doute optimale mais une réduction des structures communales qui prenne en compte les processus en cours dans la région serait peut-être politiquement plus acceptable.

Dans l’attente du rapport final de l’AIJ et de la suite que les gouvernements lui donneront, nous nous trouvons dans le flou politique. Une seule chose est sûre : Moutier donnera son avis, au plus tard le week-end du 6 septembre 2015, 40e anniversaire du dernier plébiscite gigogne.

Dans l’intervalle, Moutier se trouvera sous les feux de la rampe. A Berne comme à Delémont, on comprend que notre ville constitue un enjeu et une donnée importante du problème jurassien. Cette année électorale est donc décisive ! Si je me départis de mon habit de maire et que je retrouve la tenue du militant, je dois me réjouir de la vitalité démocratique qui anime Moutier. Je salue en particulier la création d’un nouveau mouvement de jeunes qui s’affichent clairement pour l’indépendance du Jura. Preuve que la politique et la Question jurassienne intéressent la jeunesse. Ces jeunes doivent savoir qu’ils auront mon entier soutien, soutien que je saurai marquer de manière tangible. Pour l’heure, je leur conseille d’adopter un style moderne et frais, d’éviter les discours stigmatisants, de renoncer aux slogans qui sentent la naphtaline, de faire preuve, auprès de la jeunesse prévôtoise, de conviction, de persuasion, de séduction et de détermination. Je leur souhaite bon vent et plein succès !

Vous me permettrez une dernière remarque. Objet de virulentes critiques dans la presse régionale, je suis devenu la cible de ceux qui tentent d’accréditer l’idée que mon engagement politique est intéressé et qu’il vise à m’assurer une place au soleil, notamment sous la coupole fédérale. Que les choses soient claires : je n’ai aucune autre ambition politique que de celle de servir ma ville et ma région, que d’entretenir un rapport de proximité avec mes concitoyens, que de consacrer les quatre prochaines années à mon mandat de maire pour autant que le peuple me renouvelle sa confiance. J’entends bien accorder toute mon énergie à ce mandat et je l’annonce ici, je ne suis pas candidat au Conseil national.

Je conclurai en vous remerciant de votre présence et du soutien constant que vous-même et le Mouvement autonomiste jurassien apportent à la ville de Moutier.

Vive le Jura !

Maxime Zuber

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Discours de M. David Sauvain, président de la Section de Moutier du MAJ

Militantes, militants, chers amis de la Prévôté,

1915-2015
Depuis plus d'un siècle, le cœur de la Prévôté bat au rythme de la Question jurassienne.

En raison de son histoire, de sa situation géographique et de son statut de plus grande localité du Jura-Sud, Moutier est la ville qui a  payé le plus chèrement son attachement à l'unité du Jura.

Notre présentation démontre, par quelques documents  d'archives, que la Question jurassienne engendre une lutte difficile face à un Etat qui ne lâchera rien sans qu'il y soit contraint. Nous n'avons pas voulu insister sur les violences policières. Les faits sont là, incontestables, parfois terribles, durs, et les cicatrices peinent à se refermer. Non, nous avons montré le dynamisme et la cohérence de notre combat pour l'unité jurassienne. Nous avons aussi mis en avant un personnage largement méconnu, même dans nos rangs : Léon Froidevaux. Il serait sans doute surpris de se voir ainsi rendu à la vie, politique du moins, près d'un siècle après son article intitulé « L’autonomie jurassienne. » Il faut dire qu'il était bien seul, à la fin du 19ème siècle, à dénoncer la germanisation du Jura, à fustiger la bêtise des militaires et à revendiquer la séparation du Jura d'avec le Canton de Berne.

Froidevaux n'était pas contre les Bernois, il était pour le Jura. D'ailleurs, malgré son hostilité au pangermanisme, il n'a pas hésité à composer pour le männerchor, sa profession d'enseignant le destinant également à côtoyer une frange très large de la société prévôtoise. Moutier comptait, à l'époque, environ 2600 habitants.

Cette abnégation, cette position tout à fait claire et légitime de la défense des intérêts du peuple jurassien, nous la revendiquons à notre tour. Elle inscrit la Question jurassienne dans un combat politique et dans une dynamique historique qui dépassent largement les péripéties et les stratégies de la politique partisane. Nous sommes convaincus que nous devons rompre l’inertie dans laquelle d’aucuns tentent d’étouffer cette question. Nos adversaires recherchent et feront tout pour favoriser, à nouveau, les divisions du peuple jurassien. Ils n'hésiteront pas, comme par le passé, à user d'arguments anachroniques et totalement déphasés. A cela, nous répondons par notre volonté d'adhésion à un nouvel Etat, souverain sur l'ensemble du Jura historique.

La Prévôté n’oublie rien. Ni de  son histoire, ni de sa culture, ni de sa langue. Ici, comme le diraient les Bretons,  « nous avons le Jura en conscience. » Nos adversaires le savent bien. Et depuis longtemps. N’ont-ils pas entrepris toutes les manœuvres possibles pour maintenir notre cité dans le Canton de Berne?

Doit-on rappeler le scandale des caisses noires, le déménagement des urnes à Berne, la répression policière, la mise à ban des Jurassiens ? Non, chers militants, Moutier n'oublie rien, Moutier sait où son cœur bat, Moutier sait où est son avenir. Mais la patience de Moutier à ses limites.

Après le rapport Widmer, la Résolution 44 de l'AIJ, le rapport final de cette même AIJ, nous devons encore une fois rappeler que nous n'hésiterons pas actionner le vote rattachiste, ou communaliste si l’on préfère.

Oui, chers amis, cette solution-là fait partie de nos plans, et nous ne l'abandonnerons jamais sous le faux prétexte d'assurer l'unité du Jura-Sud. Ne nous laissons pas manigancés. L'unité du Jura est déjà rompue. Le 16 mars 1975, ce sont nos adversaires qui l’ont détruite, tuant dans l’œuf la concrétisation de trente années de lutte ! Alors, qu'on ne vienne pas nous casser les oreilles avec une raison qui, pour légitime qu’elle soit, représente un verrou que nous avons le devoir de faire sauter. L'unité était constituée dès le soir du 23 juin 1974, et c’est à cette unité-là que nous aspirons. Mais, si les choses devaient en rester à ce qu’elles sont aujourd’hui, alors nous passerons à l’acte. Nous demanderons l'adhésion de Moutier à la République et Canton du Jura. Nos adversaires spéculent sur nos doutes quant à mettre en marche la solution communaliste. Ils spéculent également sur les divisions qui pourraient surgir de ce débat. Mais, chers amis, souvenons-nous de ce funeste  28 novembre 1998. Qui, parmi les Jurassiens serait à nouveau séduit par les arguments fallacieux et finalement réduits à néant de ceux qui ont en ce jour sombre savonné la planche des autonomistes ? Pas grand monde. Et le pouvoir bernois le sait bien. Il craint, de ce fait comme la peste l'expression démocratique des Prévôtoises et des Prévôtois.

Le MAJ de Moutier et environs est conscient  de l'enjeu capital que constitue la ville de Moutier pour les autorités bernoises. A la stratégie bernoise, à l'engourdissement généralisé, à ceux qui ne croient plus en la force du politique et aux aspirations légitimes de notre peuple, le MAJ leur dit : nous ne braderons pas les droits de Moutier, nous n'oublions pas que depuis près de trente ans les Prévôtoises et les Prévôtois élisent, à une forte majorité, des autorités jurassiennes. Retissons donc nos liens et dirigeons-nous vers une nouvelle explication avec Berne!

Comme par le passé, la jeunesse jurassienne sera la clef de nos victoires à venir. Comme par le passé, le Rauraque fait son apparition. Le Rauraque est une spécificité jurassienne. Qui, quel mouvement, dans le Jura, et même en Suisse est-il capable de mobiliser des jeunes de 18 à 30 ans pour des objectifs politiques ? Qui ? Et bien nous, les Jurassiens, du moins les plus jeunes d'entre-nous... Quel pied de nez à ceux qui, semaine après semaine, assènent que la Question jurassienne est résolue. Quelle réponse à ceux qui prétendent que la jeunesse ne s'intéresse plus à la chose publique !

Le Rauraque casse la morosité ambiante, "l'aquabonisme" de bon ton ; il affirme haut et fort que la résolution de la Question jurassienne est un sujet prioritaire. Ses membres et futurs adhérents recentrent le débat et  amènent un souffle bienvenu pour la cité. Non seulement ils sont jurassiens et le revendiquent, mais ils vont plus loin. Ils prennent au mot les conclusions de l'AIJ. Ils ont entendu les experts, les spécialistes dire, redire et confirmer que la meilleure solution possible est la constitution d'un nouvel Etat. Le Rauraque les prend au mot. Il sait que la constitution d'un nouvel Etat est une chance inespérée. 

Chères amis prévôtois, chers militants, nous devons à nouveau éveiller les consciences. La propagande de nos adversaires est largement dépassée. Aussi c’est dans l’enthousiasme que nous devons opposer au statu quo et au front du refus un projet résolument novateur, moderne et progressiste.

Notre lutte se situe au cœur de l'histoire de notre peuple. Elle est constitutive de notre identité. Notre attachement à notre petit pays est intact. Ne nous laissons pas endormir et distraire par les sornettes à la mode telle que la refonte du fédéralisme et autres fadaises, dont on entend par ailleurs parler depuis que les Cantons existent. Il est temps, mes chers amis, de nous lever, de nous rassembler. De nous battre à nouveau pour une juste cause.

La lutte continue. Vive le Jura libre !

David Sauvain

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Rapport politique de Pierre-André Comte, Secrétaire général

à l’occasion des ÉTATS GÉNÉRAUX du 5 juin 2010 à Moutier

Confiance et détermination

CONTEXTE POLITIQUE

Nos « états généraux » s’inscrivent dans un contexte particulier, où se mêlent affirmations péremptoires des uns et approximations des autres. Même nos rangs ne sont pas épargnés par quelques fulgurances légèrement déjantées. C’est donc le temps de l’explication, mieux, du rassemblement. Le Comité exécutif vous remercie d’y prendre votre part.

Couloirs institutionnels et chapelles partisanes bruissent de la Question jurassienne. Je rassure nos adversaires : cette question est bien vivante, elle est précisément celle qui prime toutes les autres parce qu’elle concerne l’avenir. Parce qu’elle concerne la redéfinition d’un projet commun et l’affirmation d’un espoir collectif intact. Nous y mettrons le temps qu’il y faudra, mais nous ne céderons jamais. Telle est notre mission, et tel est notre devoir.

A Moutier, cœur du Jura, les élections étant passées et la ronde des séances interactives de l’AIJ étant conclue, à l’occasion de la 4e édition de « Faites la Liberté », dont je salue chaleureusement les organisateurs et les remercie en votre nom de la vigueur et de la conviction dont ils font preuve, notre discours  prend une dimension nouvelle. Nous voilà au seuil d’un engagement au gré duquel s’ouvriront ou se boucheront les voies possibles pour une solution durable à la Question jurassienne.

Tant à travers son organe exécutif, sa commission politique, ses sections ou ses mouvements affiliés, que dans les débats qu’il organise ou les concertations auxquelles il participe, le Mouvement autonomiste ne dévie pas de sa route. La reconstitution de l’unité du Jura, la réunification sous toutes ses formes imaginables, telle est la finalité de notre combat, identitaire, démocratique, légitime. Malgré les sirènes d’une modernité fébrile, en dépit des injonctions moralistes de nos devins de campagne ou des vérités inconsolables des élégants des villes, cette question-là existe bel et bien, impose ses priorités, détermine les conditions du débat et du progrès démocratiques. On comprendra pourquoi nous nous y attachons.

TOUT EST PRÊT

Ou tout est à nouveau prêt, chers amis, pour avancer de manière décisive vers une solution définitive. Souvenez-vous, nous sommes le 31 mars 1993, il y a dix-sept ans !  A l’unanimité de ses membres désignés par les cantons de Berne et du Jura, sous présidence « suisse », la Commission fédérale consultative définit un processus en deux étapes : la mise en place d’un conseil interrégional de coopération (l’AIJ d’hier et d’aujourd’hui), puis la création d’un nouveau canton. La deuxième étape ne pourra s’ouvrir que si la votation populaire clôturant la première étape a été positive dans les deux parties du Jura, et est consacrée à la mise en place du nouveau canton.

Souvenez-vous, nous sommes le 20 décembre 2000, il y a dix ans ! L’Assemblée interjurassienne, sans opposition et à deux abstentions près, adopte sa Résolution 44, qui demande que le Jura méridional soit doté d’un statut de large autonomie, qu’il fasse l’expérience de la collaboration avec le Jura pour finalement se positionner avec lui sur la réalisation de leur communauté de destin dans le cadre d’une nouvelle entité cantonale formée des six districts francophones.

Rappelez-vous, nous sommes le 4 mai 2009, l’Assemblée interjurassienne rend son rapport final adopté à une nette double majorité, aux points 17 et 18 de la page 41 duquel l’institution dit que « la solution politique au conflit jurassien réside [en revanche] dans la capacité des deux régions à respecter leurs spécificités, à poursuivre le dialogue interjurassien et à mener un débat démocratique ouvert et serein sur l’avenir de la communauté interjurassienne. Par leur contribution au débat public et leur sanction démocratique, c’est-à-dire un vote populaire, les citoyens des deux régions apporteront d’eux-mêmes une solution politique au conflit jurassien. » Précisons que pour l’AIJ, sur les deux pistes qu’elle soumet à la réflexion, celle du « statu quo + » est qualifiée de solution « d’ordre organisationnel », alors que celle de l’émergence d’un nouveau canton des six communes « a un caractère politique », selon les propres termes de l’AIJ, ce qui signifie, si les mots ont encore un sens, que seule cette seconde solution est apte à satisfaire au postulat de l’Accord du 25 mars 1994, dont (page 1) « l’objectif prioritaire est clair : régler politiquement le conflit jurassien ». On me dira que j’ergote sur les phrases, voire que je me paie de mots. Bien sûr, et j’ajouterai, c’est vrai, comme l’ont fait et le font ceux qui, foulant au pied le droit imprescriptible du Jura à sauvegarder son unité au soir du plébiscite d’autodétermination, bafouant ce droit, instaurant la division dans la communauté jurassienne, continuent de réduire les intérêts supérieurs de cette communauté à quantité négligeable, donc stupide à leurs yeux de promouvoir ! Peu importe d’ailleurs la critique, les faits sont là, traduits, imprimés, signés, incontestables.

Quelle sont les différences (Rapport Widmer, Résolution 44, Rapport final de l’AIJ) entre ces trois visions successives de la Question jurassienne ? Aucune ou presque. Toutes trois privilégient un aboutissement né d’une collaboration interjurassienne, pouvant aller jusqu’à un partage transitoire de souveraineté, un aboutissement démocratique, quoi qu’il en soit, avec ses garanties et son code intangible. Tout est à nouveau prêt pour qu’on trouve ensemble le chemin de cet aboutissement et, dès lors, passons-nous du temps perdu.

UN VOTE

En dehors des comiques troupiers de Force démocratique, des gens très bien s’interrogent sur la nature du vote qui devrait apporter une sanction finale aux propositions de l’Assemblée interjurassienne, car vote il y aura, immanquablement. Des négociations entre les deux Etats sous l’égide de la Confédération doivent commencer. Nous n’avons pas aujourd’hui l’intention d’interférer dans ce débat de la plus haute importance et, le cas échéant, de prendre le risque de réduire la marge de manœuvre du Gouvernement jurassien, partenaire privilégié dans lequel nous plaçons toute notre confiance. Cela ne veut pas dire que nous manquions d’idées à ce propos.

L’histoire est un éternel recommencement, dit l’adage. S’y référer assidûment ouvre des perspectives à la réflexion. Ainsi de retour sur nos pas, parmi les axiomes de la clairvoyante commission Widmer, on retrouve décrit sous chiffres 101 à 105, page 35 de son rapport, la conséquence inévitable et nécessaire d’un vote : une constituante sera élue séparément par les citoyens du canton du Jura et du Jura sous juridiction bernoise. Elle préparera un projet de constitution. La votation populaire sur la nouvelle constitution aura lieu séparément dans le canton du Jura et dans le Jura méridional. Le projet ne sera réputé accepté que s’il obtient la majorité dans les deux parties du Jura. Si la votation est positive, les autorités du nouveau canton seront élues et prendront toutes mesures utiles pour que celui-ci entre en souveraineté. Admettons-le, il n’y a rien de plus ingénieux, ni de plus logique dans ce processus, et cela même s’il peut être amélioré.

Nous ne négligeons pas les obstacles qui se dressent néanmoins devant une sanction populaire. Il faut par exemple se rappeler que la Constitution bernoise ne permet pas de voter sur le fond du contenu, puisqu’en cas d’acceptation du canton à six communes, la nature même du canton de Berne serait modifiée. Faudra-t-il, ainsi que cela paraît ordonné, voter d’abord sur un additif constitutionnel permettant la procédure de réunification ? Faudra-t-il, ainsi que cela semble conséquent, une majorité sur l’ensemble du canton, avec cette possibilité ébouriffante et carrément hilarante que l’ancien canton germanophone accepte et le Jura-Sud refuse, si bien que la procédure suivrait son cours contre l’opinion des intéressés ? Ces quelques questions laissent augurer la sueur perlant au front des juristes, et nous ne les priverons pas du haletant privilège, ce qui dénote une certaine cruauté de notre part, j’en conviens.

L’essentiel est de dire et de redire que ce scrutin populaire assure en tout état de cause au Jura dit bernois la garantie suprême de préserver l’exclusivité de ses droits.  Nous n’avons jamais prétendu qu’il n’aurait pas à se prononcer et à faire librement son choix, et personne, à l’exception d’une poignée de radoteurs aigris, ne nous contestera, quoi qu’il advienne, le droit d’entretenir la question démocratique dans le sens voulu par l’histoire, la justice et le bon sens.

Dans le deuxième cas de figure se posera la question du destin politique de Moutier. Recours historique, vous ai-je déjà dit avec assurance et obstination ! A son chiffre 110, page 37, le rapport Widmer affirme haut et clair que « s’il s’avérait impossible de créer le futur canton, il s’imposerait alors de régler en priorité et pour lui-même le cas de cette commune, afin de lui permettre, si elle en exprime démocratiquement la volonté, de passer sous la souveraineté du canton du Jura. » La Résolution 44, elle, dit dans un langage diplomatiquement correct que « l’autonomisation du Jura bernois et la poursuite du dialogue interjurassien en vue de trouver une solution globale paraissent constituer la seule voie réaliste qui n’incite pas Moutier à rechercher à nouveau une solution communaliste. » Au passage, on se souviendra que même si cette résolution a été jetée brutalement à la poubelle par le canton de Berne, celui-ci admet le cas particulier de Moutier dans l’Accord du 25 mars 1994. Ces choses étant acquises, chers amis, il est vain, pardonnez-moi le mot, d’élucubrer sur Moutier. Cette ville ne saurait sacrifier ses intérêts les plus fondamentaux sur l’autel d’une unité régionale régentée par Berne ! La solution communaliste reste bel et bien l’élément fondateur d’une stratégie unitaire concernant l’ensemble des six districts francophones. Futur siège d’un Parlement dépositaire de la souveraineté étatique, Moutier vaut mieux qu’une sous-préfecture gardienne et protectrice des contrevérités bernoises. Faut-il Claudius pour nous rappeler que « chacun est l’artisan de son sort », faut-il un proverbe chinois pour nous souvenir que « le malheur n’entre guère que par la porte qu’on lui a ouverte » ? Moutier tient dans ses mains la clé qui lui en ouvre une autre. Elle en fera le meilleur usage dès qu’il lui plaira. Tout le reste n’est que palabre inutile.

AVENIR DE L’AIJ

On se perd facilement en conjectures lorsqu’on évoque le sort de l’Assemblée interjurassienne. La position la plus sage est de le replacer dans son cadre juridique que constitue l’Accord du 25 mars 1994. Et la question glissera instantanément vers celui-ci.

On connaît la volonté du canton de Berne de l’anéantir sous le poids de ses exigences. Bienne devrait y faire une entrée triomphale et s’assurer ainsi que le chantage au bilinguisme et à l’intégration régionale porte ses fruits et empêche la reconstitution de l’unité du Jura. Il est exclu que nous acceptions l’instrumentalisation de la cité seelandaise pour nuire à la réunification jurassienne. A ce sujet, il n’est pas inutile de s’en référer aux considérants de la Résolution 44 de l’AIJ, dont je rappelle qu’elle a été acceptée sans opposition, considérants qui montreront, je le crois, la mauvaise foi d’un certain nombre de dirigeants biennois quant aux à leurs intentions passées et futures, je cite :

« La récente prise de position conjointe des municipalités de Bienne et d’Evilard relative à l’autonomisation progressive du Jura bernois est un fait politique majeur. En renonçant à participer aux travaux d’un futur « Conseil du Jura bernois » et en revendiquant une institution comparable pour la région biennoise, les autorités du district de Bienne contribuent à une clarification nécessaire des relations avec le Jura bernois. La perspective d’un dialogue constructif entre les deux régions est maintenant tracée. Il importe cependant – et d’une manière impérative – que la mise en place des institutions politiques de la région biennoise ne freine en rien l’autonomisation progressive du Jura bernois. L'AIJ ne peut qu'appeler de ses vœux la création, à Bienne, d'une institution dotée d'un pouvoir décisionnel de nature à devenir un partenaire du Jura bernois. L'important pour celui-ci est de se trouver face à un interlocuteur disposant d’un pouvoir décisionnel au sujet des nombreux dossiers intéressant simultanément le Jura bernois et Bienne. » Fin de citation. Que veut dire, dans l’esprit de M. Stöckli et de ses amis, « ne freine en rien l’autonomisation progressive du Jura bernois », ou « devenir un partenaire du Jura bernois » ? Il me semble que leurs sous-entendus permanents quant à leur espoir de fondre ledit Jura bernois dans la région Bienne-Seeland répondent pertinemment à la question que l’on se pose.

Nous sommes cependant persuadés, nous autonomistes, qu’un contrat-association du Jura avec la ville de Bienne devrait être rapidement discuté. Le Parlement jurassien s’est déjà prononcé favorablement. Conscients de l’importance de l’enjeu biennois, au sens positif et prospectif du terme, nous avons déjà émis quelques avis à son sujet.

Nous reprendrons très prochainement nos discussions avec nos amis de l’AJE Bienne, sur lesquels nous nous appuierons aux fins d’élargir le cercle des interlocuteurs francophones du MAJ. Bienne disposant d’un statut d’appartenance bi-régionale, rayonnante à ce titre, lieu de convergences au lieu de n’être que théâtre d’ambitions contre-productives, voilà bien un vrai sujet de « réforme du fédéralisme ». Loin de la théologie aménagiste chère aux thuriféraires de l’Arc jurassien, ceci dit en passant.

Pour en revenir à l’Assemblée interjurassienne, une interrogation n’a pas manqué de retenir notre attention. Elle concerne le remplacement de M. Serge Sierro à la présidence de l’institution. Là aussi notre position est sans ambiguïté : la Question jurassienne est une question suisse – je rappelle que cela a été magnifiquement confirmé ces quatre dernières années (ce sera encore le cas en 2010) par les chefs ou représentants qualifiés des partis suisses qui nous ont rendu visite à la Fête du peuple jurassien –, et qu’en conséquence de cela les relations institutionnelles interjurassiennes ne peuvent être placées que sous l’égide de la Confédération, et donc sous une présidence désignée par elle en accord avec les deux cantons concernés. Voilà ce que nous avions à dire et que nous voulions dire à propos de l’Assemblée interjurassienne, dont le Mouvement autonomiste reconnaît qu’elle a fourni des efforts considérables et méritoires en vue de débloquer la situation et qu’il félicite de n’avoir jamais cédé aux coups de boutoir de ses ennemis inféodés aux mouvements réactionnaires antiséparatistes.

ELECTIONS CANTONALES BERNOISES

Dispersion des voix, abstentionnisme général et massif, combat fratricide très mobilisateur entre UDC et PBD, ventilation des suffrages dans une multitude de tendances partisanes, séductions écologistes, défaut d’attention en certains endroits, on pourrait s’arrêter sur bien des raisons qui expliquent certains de nos résultats électoraux. Nous n’en ferons rien, sinon pour dire que nous sommes habitués à ce que le député Jean-Pierre Aellen qualifie de « fluctuations électorales récurrentes. » Nous n’avons pas fait un tabac, il faut l’admettre, mais nous n’avons pas non plus reculé. On me permettra cette douteuse plaisanterie : ça aurait pu être mieux, ça n’a pas été moins bien. Pour reprendre cette fois-ci le constat de notre président Christian Vaquin, « l’électoralisme politique n’a jamais été le lieu de combat des Jurassiens contre Berne », et remarquons que les résultats dans la cité prévôtoise et sa couronne ne font que confirmer les soucis que le pouvoir bernois doit avoir à l’égard des intentions futures de cette région.

Par ces phrases dans lesquelles on pourrait dénicher quelque signe de légèreté, je ne voulais pas éviter de parler de nos responsabilités. Nous en avons, et elles se sont accrues depuis. Nous avons tiré les conclusions qui concernent spécifiquement notre champ d’action, laissant aux partis engagés dans la campagne le soin de dresser leur propre bilan. Nous travaillons cependant à faire en sorte que les choses aillent mieux la prochaine fois, notamment dans le sens d’un plus grand équilibre des forces au sein de la famille autonomiste. Je voudrais, pour conclure sur ce point, remercier les mandataires qui se réclament de l’idéal autonomiste, lesquels, au cours des législatures et particulièrement de la dernière, se sont distingués par leur pugnacité. Je souhaite enfin tous les succès espérés à celles et ceux qui reprennent le flambeau au sein des institutions régionales, à commencer par nos trois parlementaires, Irma Hirschi, Jean-Pierre Aellen et Maxime Zuber.

Notre prochain rendez-vous électoral, nous l’avons cet automne à Moutier. Vous en connaissez l’importance, et, ensemble, nous ne le manquerons pas. Tout est fait par Berne et ses fidèles afin de changer le rapport de forces dans la cité prévôtoise. Des indices montrent qu’ils y mettront de l’énergie et des moyens, fussent-ils discutables. Dès lors, nous savons ce que nous avons à faire, et nous le ferons.

CONCLUSION

Chers amis jurassiens, l’évolution de la Question jurassienne après les consultations institutionnelles et publiques de l’AIJ, exige de nous encore plus de rigueur dans le militantisme, encore plus d’enthousiasme dans la participation politique, encore plus de conviction dans l’affirmation de notre attachement à l’idéal de la réunification du Jura.

Dans le contexte actuel, nous devons aussi œuvrer activement à la cohérence du discours et à la cohésion des rangs, dans le sud comme dans le nord du Jura. Du côté des districts restés sous tutelle bernoise, nous en appelons à l’émergence de nouvelles forces partisanes, qui rassemblent l’échiquier politique dans toute sa diversité. Nous saluons la naissance du Rauraque à Moutier, un mouvement qui trouvera dans l’imagination et la vigueur doctrinale de son illustre prédécesseur les moyens de dynamiser comme jamais le paysage politique prévôtois, cela en vue d’échéances dont on sait pertinemment qu’elles agiront de manière décisive sur la résolution de la Question jurassienne.

Du côté de la République et Canton du Jura, nous entretenons avec les partis politiques des relations qui reposent sur la confiance mutuelle et la concordance de point de vue telles qu’elles se sont exprimées à l’occasion du lancement de l’initiative « Un seul Jura » et de l’approbation de la Loi cantonale qui en découle. De même, nous participons avec le Gouvernement jurassien à une concertation politique de tous les instants, respectueuse autant des prérogatives gouvernementales que des aspirations légitimes et historiques de notre mouvement.

L’arsenal politique et juridique à disposition des autonomistes et du canton du Jura est loin d’être négligeable. Le Rapport Widmer garde toute sa valeur, la loi UNIR n’est pas rayée du dispositif législatif cantonal, la Loi « Un seul Jura » veille sur nos intérêts, Moutier attend son heure, la Question jurassienne – cela a été suffisamment démontré – interpelle directement la Confédération. Dans ces conditions, et même si la confiance ne suffit pas à nous offrir une solution toute faite, faisons-en un atout de notre action pour changer la réalité politique actuelle.

« L’AIJ a confiance en la faculté des populations des deux régions à se déterminer en connaissance de cause sur la base des propositions de l’AIJ et à apporter une véritable solution citoyenne et démocratique à la Question jurassienne. »  Telle est la conclusion du rapport final de l’AIJ, et nous pouvons y souscrire sans la moindre hésitation.

La force croît avec le fardeau, dit le proverbe. Considérons dès lors que l’avenir nous appartient.

Vive le Jura restauré dans son unité, vive le Jura libre de Boncourt à La Neuveville !

Pierre-André Comte

Secrétaire général du MAJ (RJ-UJ)

Moutier, le 5 juin 2010

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