|
Allocution prononcée le 22
juin 2010 à Porrentruy par M. Hubert Frainier Membre du Comité exécutif
du Mouvement autonomiste jurassien
Mesdames, Messieurs, chers
compatriotes,
L'ouverture de notre fête
nationale est une solennité qui doit émouvoir tous les cœurs des Jurassiennes
et des Jurassiens.
C'est que cette date, le
23 juin 1974, glorieuse entre toutes, nous rappelle un des événements les plus
décisifs de notre histoire.
Le Jura, depuis qu'il a
rompu avec Berne, ne s'est jamais arrêté de marcher vers ses hautes destinées.
C'est pourquoi, chaque année, nous nous devons de commémorer l'événement, qui,
en créant un nouvel Etat (le 23 ème
canton de la
Confédérationhelvétique), vous a ouvert les voies de la
justice, du progrès, de la souveraineté et de la liberté.
Cette année, comme les
années précédentes, nous prenons part à la Fêtedu 23-Juin
avec l'enthousiasme, la joie, que doit nous inspirer le 23 juin 1974.
Cependant, aujourd'hui, 36
ans après le plébiscite d'autodétermination, la Questionjurassienne
n'est malheureusement pas résolue mais elle s'inscrit à un moment crucial dans
son évolution.
La semaine dernière, le
Gouvernement jurassien livrait, au Parlement de la Républiqueet canton du
Jura, son rapport annuel sur la reconstitution de l'unité du Jura. Les
autonomistes du Jura méridional ne peuvent que saluer ce rapport qui se
distingue par sa clarté; il rappelle que seule la reconstitution de l'unité du
Jura sera de nature à régler la
Questionjurassienne, il apporte une réponse circonstanciée à
tous les points chauds et les enjeux actuels : les travaux de l'Assemblée
interjurassienne et la suite à donner au fameux rapport de l'AIJ. Le
Gouvernement jurassien s'engage à négocier avec le Gouvernement bernois
l'organisation d'un vote et de ses modalités portant sur l'avenir
institutionnel du Jura des six districts. Une perspective qui engage notre
responsabilité, certes, mais combien exaltante car elle portera sur un nouveau
projet de société qui mobilisera aussi la jeunesse jurassienne.
Les nombreuses auditions
menées par l'AIJ, ces derniers mois, ont montré que le débat est désormais
possible dans le respect et l'ouverture de l'opinion de chacun.
La République et canton du Jura dispose de nombreux atouts, qui le
moment venu, seront décisifs pour emporter la conviction.
Les difficultés
économiques actuelles montrent l'importance du pouvoir de proximité, qui permet
de mieux anticiper. Coup sur coup, le Jura-Sud a pu apprécier une fois de plus, ce que
signifie d'être administré par un pouvoir extérieur, non perméable aux
particularités de notre région. Le monde agricole du Jura méridional l'a
vérifié à ses dépens : le refus du Gouvernement bernois d'intervenir au niveau
fédéral pour empêcher la suppression des subventions versées au haras fédéral
d'Avenches et par là même la privatisation de cette institution, a provoqué une
véritable onde de choc. Tout comme la volonté des autorités cantonales
bernoises de faire passer à la caisse les communes du Jura-Sud en faveur des
grandes villes comme Berne, Bienne et Thoune (à raison de 6 francs par
habitant, soit l'équivalent d'un demi million de francs pour la seule ville de
Moutier) promet une toute belle levée de boucliers. Ce procédé injuste confirme
que le Jura-Sud est taillable et corvéable à merci.
En parlant de Moutier,
nous ne pouvons que nous féliciter du passage que lui consacre le Gouvernement
jurassien dans le rapport que je viens d'évoquer il y a quelques instants.
Alors que dans le Jura-Sud, nos adversaires dénient la position particulière que
lui ont reconnue tant le rapport Widmer, que l'Accord du 25 mars 1994, que le
rapport de l'AIJ, les autorités gouvernementales jurassiennes rappellent de
façon implicite et fort opportunément qu'à défaut d'une solution globale,
Moutier n'hésitera pas à jouer sa partition seule.
En effet, si les
autonomistes privilégieront toujours une solution globale à la Questionjurassienne, ils
ne se laisseront jamais anesthésier par faux concept d'unité du Jura dit
bernois. Il faut le savoir et sans cesse le répéter avec force : en dernier
lieu, la stratégie communaliste ou tactique du salami fait partie des plans des
autonomistes et ils n'hésiteront pas à y recourir en cas de besoin.
Comme le rappelle de
manière appropriée le rapport du Gouvernement jurassien, le peuple jurassien
est un "peuple debout". L'année 2015 marquera le 200e
anniversaire du Congrès de Vienne et les 40 ans des dernières opérations
plébiscitaires fixées par l'additif constitutionnel bernois du 1er
mars 1970, additif constitutionnel qui a eu comme effet de charcuter la Patriejurassienne. Un
nouveau plébiscite victorieux en 2015 serait assurément un gigantesque pied de
nez à l'histoire et il serait de nature à régler définitivement la Questionjurassienne.
Jurassiennes, Jurassiens,
chers compatriotes, l'heure est à la cohésion et à la détermination politique.
Grâce à vous, nous parviendrons à nos fins.
Vive le Jura libre de
Boncourt à La Neuveville.
Hubert Frainier
|